Le tourisme, une industrie en guerre

statistiques tourisme baisse france crise gourdonBon allez, puisque vous l’appelez tous de vos voeux, voici mon premier post… je triche un peu, puisque c’est un article que j’avais rédigé en début d’année, et publié sur le blog de Jérôme Bondu, mais comme vous savez que le temps me manque, je commence par là. C’est un article qui présente quelques-uns des enjeux qui seront traités ici, et développés dans les futurs posts.

Les concurrents de la destination France, autrefois au nombre de 50, sont aujourd’hui plus de 580… Ce chiffre, brut – et brutal – présenté officiellement par la Direction du Tourisme il y a quelques années, révèle à lui seul parfaitement la situation concurrentielle féroce que connaît le pays et la fragilisation de sa position sur l’échiquier mondial qui en découle. Mais qui a réagi à cette menace ?

Si la France peut encore se prévaloir selon les statistiques, d’occuper le premier rang des destinations mondiales pour le nombre d’arrivées (82 millions en 2007), elle ne parvient toujours pas à remonter dans le classement des destinations en termes de dépenses et se cantonne à la troisième place avec 54,2 milliards de dollars, place qu’elle occupe depuis des années maintenant, loin derrière les Etats-Unis (96,7) et l’Espagne (57,8).

En tant que destination leader subissant la pression de la concurrence, elle doit aujourd’hui faire face à certaines problématiques sous-tendant des enjeux forts, dont les principales sont l’érosion de la fréquentation touristique et des dépenses, un phénomène de rejet de la population par rapport à une sur fréquentation  et une congestion de certains espaces et périodes, une perte de compétitivité des entreprises touristiques ou encore la prévision d’augmentation des flux à 10-20 ans qu’il va falloir gérer.

En un mot, il devient primordial de prendre enfin les décisions qui s’imposent pour maintenir un niveau de compétitivité et de performance des entreprises, en même temps qu’un niveau d’attractivité de nos territoires qui soient satisfaisants, pour (re)gagner des parts de marché sur nos concurrents actuels et émergents. L’enjeu étant, au-delà de simplement survivre, de déployer une véritable stratégie de puissance, permettant de continuer d’occuper la place qui est la nôtre à l’international. En effet, tout comme elle peine à élaborer une politique culturelle qui lui permette de rayonner et conserver son influence à l’étranger, la France peine à comprendre les enjeux stratégiques que revêt le tourisme et scie la branche sur laquelle elle est assise.

Pendant qu’elle s’obstine à comptabiliser les touristes qui ne font que la traverser et se félicite du nombre croissant d’arrivées, un nombre – croissant lui aussi – de destinations n’hésitent pas à investir à coups de milliards de dollars, pour préparer le tourisme de demain, que ce soit parce qu’elles s’ouvrent enfin comme la Chine ou parce qu’elles préparent l’après-pétrole…

Si les actions à déployer sont connues et appelées de leurs vœux par la plupart des acteurs touristiques, il en est une, essentielle, trop souvent occultée : la mise en œuvre d’une véritable politique concertée d’Intelligence Economique appliquée au tourisme, aussi qualifiée par le Haut Responsable à l’Intelligence Economique, Alain Juillet, d’« intelligence touristique ». Cette politique devrait bien sûr associer toutes les forces vives, dans le cadre d’un partenariat public-privé intelligent.

Malheureusement des freins demeurent, tels notre fameux “esprit de clocher”, qui nous empêche depuis toujours de nous unir pendant que les autres avancent, l’absence d’homogénéité des systèmes d’observation, la fâcheuse tendance à nous voiler les yeux et boucher les oreilles pour continuer de dormir sur nos lauriers ou encore cette déconcertante habitude à accumuler les rapports sans les assortir des moyens à la hauteur des objectifs…

Le dernier en date, réalisé par le Boston Consulting Group (le lien vers le rapport n’est plus actif…), a d’ailleurs été présenté l’été dernier lors des Assises Nationales du Tourisme et je me souviens avoir entendu avec plaisir Hervé Novelli, Secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme et des Services, évoquer – une première – dans son discours de clôture « la mise en place d’une observation et de statistiques fiables, sur des méthodes éprouvées permettant une véritable action d’Intelligence Economique ». Les actions réellement mises en place depuis illustrent néanmoins le chemin qu’il reste à parcourir, avant de voir mise sur pied une vraie politique d’Intelligence Economique, jusqu’alors réduite à sa portion congrue. On peut néanmoins espérer qu’avec la fusion d’ODIT France et Maison de la France devenues Atout France, cette annonce ne reste pas un voeu pieux.

7 comments to Le tourisme, une industrie en guerre

  • Je pense que la France est doté d’infrastructures suffisantes pour accueillir les touristes, gagner des “parts de marché” et remonter dans le classement des destinations en termes de dépenses. Le problème est certainement plus global et comme tu le dis, une politique d’intelligence économique pourrait permettre aux acteurs du tourisme de s’unir et de travailler simplement pour la compétitivité touristique de la France. Tout le monde y gagnerait. Les mentalités doivent changer, et ce n’est pas le plus simple à réaliser.

  • Effectivement notre pays possède tous les atouts pour rester en tête de la course. Je mettrais toutefois un bémol en rappelant que nos infrastructures si elles sont pour l’instant suffisantes pour accueillir les touristes, pourraient ne plus l’être dans la perspective de l’augmentation importante des flux prévus d’ici 2020, mais ne sont déjà plus pour certaines, au niveau en termes de qualité… une part importante du parc hôtelier pour ne parler que de cet aspect, doit être renouvelé et mis à niveau par exemple. Le problème ainsi, pour suivre cet exemple, c’est que quand un hôtelier est occupé à penser comment trouver les financements nécessaires à la modernisation de son outil de production, en plus de continuer à le faire fonctionner, il n’est pas sensible aux arguments de ceux qui voudraient lui faire entendre l’intérêt de mettre en place une stratégie – même basique – de veille… c’est là que les pouvoirs publics, institutionnels et socioprofessionnels ont leur rôle à jouer. Ce sont là de nombreux thèmes, à développer ultérieurement… :) merci de ton comment !

  • Billet très intéressant qui donne envie de lire la suite ! D’autant que l’industrie touristique est effectivement une manne financière considérable pour la France et est à ce titre hautement stratégique. Je vais apprendre plein de choses ici :)

  • merci thibault
    et tout à fait : c’est quand même l’un des postes les plus fortement contributeurs de notre balance des paiements! et ils comptaient bien sur lui pour le fameux point de croissance:)
    promis, je ferai en sorte d’être à la hauteur de vos attentes ;)

  • [...] link is being shared on Twitter right now. @gautierbarbe said Le tourisme, une industrie en guerre – [...]

  • Bon résumé de ce qu’il faudrait faire…. Il faudrait aussi que nos “politiques” notamment au niveau local en soient persuadés et surtout qu’eux mêmes agissent pour gommer ce fameux “esprit de clocher”… mais cela va nécessiter qu’ils abandonnent une partie de leur petit pouvoir, ou qu’ils laissent certaines places qui doivent donc sans doute être bonnes. Et tout cela n’est pas vraiment gagné.

  • ximokkbikh http://www.g5448ld7ov507fu9kw0j8x54m3ebq2m1s.org/
    [url=http://www.g5448ld7ov507fu9kw0j8x54m3ebq2m1s.org/]uximokkbikh[/url]
    aximokkbikh

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