La France, première E-Destination au monde ?

Comment passer sous silence un tel Évènement ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici. Atout France propose la création d’un outil ambitieux au service d’un objectif non moins ambitieux : faire de la France la 1ère E-destination au monde et lâche – ENFIN – le mot : influencer…

En réponse à la consultation publique sur les contenus et usages numériques lancée par le Secrétariat d’Etat à la prospective et au développement de l’économie numérique, dont les résultats ont été rendus publics le 29 octobre dernier, l’agence chargée de la promotion touristique du pays propose donc la création d’une plateforme numérique d’infomédiation du tourisme français.

Dans sa contribution, après avoir rappelé que le tourisme contribue au rayonnement du pays à l’international et qu’il représente toujours le premier contributeur au solde de la balance des paiements devant l’agroalimentaire et le premier employeur privé avec deux millions d’emplois (in)directs, après avoir rappelé que malgré cela, l’investissement touristique est en « décroissance inquiétante », tout comme les recettes ou l’emploi en hôtellerie-cafés-restaurants depuis 2007, Atout France souligne que l’enjeu principal, pour relever le défi de la reprise économique, réside dans la « transformation d’une audience en prospects puis en consommateurs touristiques de la France », via la « révision stratégique des moyens mis en œuvre » et envisage rien moins que de reconsidérer la “nature de sa fonction même et de son dispositif de promotion web” !

plateforme atout france gourdon

Et c’est là qu’intervient la fameuse plateforme, construite comme un « espace libre ». Son objectif : traiter l’information et agréger les contenus qualifiés, enrichis, contextualisés. Les bénéfices attendus : permettre l’accès à toute cette information en un seul endroit, au profit de toute la communauté des acteurs (au-delà du seul microcosme touristique) répartis en trois cibles : les contributeurs, les influenceurs et les utilisateurs, pour qui la plateforme sera respectivement un espace collaboratif, un apporteur de contenu à relayer, un point unique d’accès à des informations qualifiées et structurées.

La plateforme, dont le coût est estimé 20 millions d’Euros, est présentée comme un véritable outil d’influence « au service de la politique de la France » et comme un levier pour développer des produits technologiques innovants par les entreprises françaises.

Si seulement…

Interview: Jean-Luc Michaud, Institut Français du Tourisme

J’ai eu le plaisir d’être reçue dans les locaux du CNAM, pour cette seconde interview, par Monsieur Jean-Luc Michaud, en sa qualité de Président Délégué de l’Association de préfiguration de l’Institut Français du Tourisme.

Je vous avais promis dans un précédent article, de recueillir des éléments de réponse à la question, notamment, des moyens octroyés à l’IFT.

Dans cet entretien qu’il m’a accordé, M. Michaud nous présente le rôle, les missions et les perspectives de l’IFT. Il nous fait aussi partager sa vision de l’Intelligence Economique et des enjeux de la coopération internationale.

Si l’on peut se féliciter d’assister à un rassemblement de volontés publiques, institutionnelles et privées autour d’un projet commun, l’on peut par ailleurs espérer que la mutualisation des moyens opérée jusqu’à aujourd’hui dans le cadre de la phase pilote du projet, se transforme à l’avenir en décisions affirmées et en un plan d’actions assorti de moyens conséquents.

Comment, par exemple, énoncer l’importance de la veille et de la prospective comme priorités, aux côtés de la recherche ou de l’innovation, sans décider à un moment de mettre sur la table les moyens de créer une véritable structure, ou cellule, ou service, appelez ça comme vous voulez.

C’est ce que nous saurons le 30 septembre prochain, à l’occasion de l’Assemblée Générale qui verra se créer officiellement l’association.

Je retiens enfin que M. Michaud, comme nombre d’acteurs du tourisme, fait le constat d’une insuffisante prise en compte de l’Intelligence Economique appliquée au secteur du tourisme, qui demeure malgré son rôle et son impact dans notre économie nationale, le parent pauvre des politiques publiques.

J’attends pour ma part avec impatience l’intervention d’Hervé Novelli le 22 septembre (donc tout à l’heure :) ), sur Top RésaMAJ: dscours annulé.

Interview de Laurent QUEIGE, Mairie de Paris

J’inaugure la série d’interviews et portraits avec Laurent QUEIGE, directeur de cabinet de l’Adjoint au Maire de Paris chargé du Tourisme.

On y parle évidemment de stratégie de développement touristique et du rôle de l’Intelligence Economique (les outils… et les cerveaux d’humains qui les exploitent bien sûr :) ) pour la destination Paris et le tourisme français.

On y évoque aussi, comment ne pas le souligner ici, la mission d’ingénierie qu’un groupe d’étudiants de l’Ecole de Guerre Economique a réalisé cette année pour le compte de la Mairie de Paris et la CSCAD, la Chambre syndicale des cabarets artistiques et discothèques… et oui, je vois déjà vos mines étonnées…mais quel rapport entre intelligence économique et les dancefloors me direz-vous? je le laisse vous en parler  ;)

Contact Laurent QUEIGE: laurentqueige@voila.fr

Le tourisme français… on est les meilleurs, mais chuuut!

france bande a part gourdonJe viens de lire un excellent article de Jean-Claude Morand sur la regrettable absence des Français aux comités scientifiques des conférences internationales dédiées au tourisme (merci Arnaud).
Je ne ferai pas de reprise de l’article ici, que je vous invite donc à lire, mais soulignerai seulement que pour que nos représentants osent (ou daignent ?) aller confronter leurs connaissances, points de vue, expertises, bonnes pratiques, etc. en de telles assemblées, encore faudrait-il qu’ils en aient une parfaite connaissance et… qu’ils en aient envie, tout simplement !

Or, il me semble d’une part, que la capitalisation du savoir, la mémoire opérationnelle de nos savoir-faire ne sont pas valorisées / centralisées et d’autre part, que les benchmarks internes (en France) ou externes (à l’étranger) trop peu réalisés (en tout cas sans ampleur suffisante, régularité ni inscription dans la durée), ce qui nous ramène au constat (que monsieur Morand fait aussi dans son article) d’une politique d’intelligence économique insuffisamment structurée et dotée de moyens.

On parle beaucoup entre nous de l’excellence de nos savoir-faire, de notre capacité à innover (au fait, quel est l’état de l’innovation dans le tourisme en France?… autre sujet d’un futur article), nous publions moult articles et ouvrages prospectifs sur le tourisme en 2020, le tourisme du XXIème siècle, etc., mais peinons toujours à exporter notre ingénierie, rechignons toujours à aller présenter notre fameuse valeur-ajoutée à nos collègues/concurrents étrangers. Et ces colloques internationaux, s’ils sont l’occasion de benchmarker, sont aussi l’occasion de contribuer au rayonnement international de notre industrie.

Comment ne pas faire le lien, dès lors que l’on parle innovation et prospective, avec une actualité : proposée en juillet 2006 à Gréoux-les-Bains (je peux témoigner j’y étais :) ), lancée en 2008, l’association de préfiguration de l’Institut Français du Tourisme, sera – enfin – définitivement constituée le 30 septembre prochain.

L’Institut se propose de rassembler les acteurs de tous types autour de la même table, pour « améliorer la performance collective de la France ». Et c’est ici qu’il faut remarquer que l’association « s’est également dotée d’un Conseil scientifique et professionnel [NB : présidé par Jacques Marseille] qui a notamment pour missions d’effectuer une veille permanente sur les évolutions sociologiques et technologiques du secteur, d’évaluer l’adéquation de l’offre de formation à la demande dans les métiers du tourisme et de stimuler les programmes de recherches applicables au tourisme ».

Ce sont là des enjeux fondamentaux, prioritaires et stratégiques et l’on entrevoit bien les synergies qui peuvent être réalisées avec les objectifs et moyens d’Atout France notamment (mais pas que, il n’y a qu’à voir la liste impressionnante des membres du Conseil d’Administration !). Même s’il s’agit plus d’un “réseau de pôles d’excellence“, la question qui se pose alors est celle de la réalité des ressources mobilisées pour poursuivre une telle ambition : quelle est la feuille de route à 1, 3, 5, 10 ans ? quel est le budget ? quels sont les moyens humains mis à disposition ? Promis, j’essaye d’obtenir des réponses pour un prochain billet !

Le tourisme, une industrie en guerre

statistiques tourisme baisse france crise gourdonBon allez, puisque vous l’appelez tous de vos voeux, voici mon premier post… je triche un peu, puisque c’est un article que j’avais rédigé en début d’année, et publié sur le blog de Jérôme Bondu, mais comme vous savez que le temps me manque, je commence par là. C’est un article qui présente quelques-uns des enjeux qui seront traités ici, et développés dans les futurs posts.

Les concurrents de la destination France, autrefois au nombre de 50, sont aujourd’hui plus de 580… Ce chiffre, brut – et brutal – présenté officiellement par la Direction du Tourisme il y a quelques années, révèle à lui seul parfaitement la situation concurrentielle féroce que connaît le pays et la fragilisation de sa position sur l’échiquier mondial qui en découle. Mais qui a réagi à cette menace ?

Si la France peut encore se prévaloir selon les statistiques, d’occuper le premier rang des destinations mondiales pour le nombre d’arrivées (82 millions en 2007), elle ne parvient toujours pas à remonter dans le classement des destinations en termes de dépenses et se cantonne à la troisième place avec 54,2 milliards de dollars, place qu’elle occupe depuis des années maintenant, loin derrière les Etats-Unis (96,7) et l’Espagne (57,8).

En tant que destination leader subissant la pression de la concurrence, elle doit aujourd’hui faire face à certaines problématiques sous-tendant des enjeux forts, dont les principales sont l’érosion de la fréquentation touristique et des dépenses, un phénomène de rejet de la population par rapport à une sur fréquentation  et une congestion de certains espaces et périodes, une perte de compétitivité des entreprises touristiques ou encore la prévision d’augmentation des flux à 10-20 ans qu’il va falloir gérer.

En un mot, il devient primordial de prendre enfin les décisions qui s’imposent pour maintenir un niveau de compétitivité et de performance des entreprises, en même temps qu’un niveau d’attractivité de nos territoires qui soient satisfaisants, pour (re)gagner des parts de marché sur nos concurrents actuels et émergents. L’enjeu étant, au-delà de simplement survivre, de déployer une véritable stratégie de puissance, permettant de continuer d’occuper la place qui est la nôtre à l’international. En effet, tout comme elle peine à élaborer une politique culturelle qui lui permette de rayonner et conserver son influence à l’étranger, la France peine à comprendre les enjeux stratégiques que revêt le tourisme et scie la branche sur laquelle elle est assise.

Pendant qu’elle s’obstine à comptabiliser les touristes qui ne font que la traverser et se félicite du nombre croissant d’arrivées, un nombre – croissant lui aussi – de destinations n’hésitent pas à investir à coups de milliards de dollars, pour préparer le tourisme de demain, que ce soit parce qu’elles s’ouvrent enfin comme la Chine ou parce qu’elles préparent l’après-pétrole…

Si les actions à déployer sont connues et appelées de leurs vœux par la plupart des acteurs touristiques, il en est une, essentielle, trop souvent occultée : la mise en œuvre d’une véritable politique concertée d’Intelligence Economique appliquée au tourisme, aussi qualifiée par le Haut Responsable à l’Intelligence Economique, Alain Juillet, d’« intelligence touristique ». Cette politique devrait bien sûr associer toutes les forces vives, dans le cadre d’un partenariat public-privé intelligent.

Malheureusement des freins demeurent, tels notre fameux “esprit de clocher”, qui nous empêche depuis toujours de nous unir pendant que les autres avancent, l’absence d’homogénéité des systèmes d’observation, la fâcheuse tendance à nous voiler les yeux et boucher les oreilles pour continuer de dormir sur nos lauriers ou encore cette déconcertante habitude à accumuler les rapports sans les assortir des moyens à la hauteur des objectifs…

Le dernier en date, réalisé par le Boston Consulting Group (le lien vers le rapport n’est plus actif…), a d’ailleurs été présenté l’été dernier lors des Assises Nationales du Tourisme et je me souviens avoir entendu avec plaisir Hervé Novelli, Secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme et des Services, évoquer – une première – dans son discours de clôture « la mise en place d’une observation et de statistiques fiables, sur des méthodes éprouvées permettant une véritable action d’Intelligence Economique ». Les actions réellement mises en place depuis illustrent néanmoins le chemin qu’il reste à parcourir, avant de voir mise sur pied une vraie politique d’Intelligence Economique, jusqu’alors réduite à sa portion congrue. On peut néanmoins espérer qu’avec la fusion d’ODIT France et Maison de la France devenues Atout France, cette annonce ne reste pas un voeu pieux.

Hello world!

Site en construction…. à bientôt!